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27.06.2011

Les enfants visitent les momies de la gare...

En 1945-1946, nous étions quelques-uns venant de Fieffé, allant et revenant ensemble de Michel Montaigne. Après le professeur de français qui nous faisait étudier le songe d’Athalie, le professeur d’histoire nous avez fait un cours sur l’Egypte et les momies.
"Mais des momies, nous en avions aussi à Bordeaux, sur notre chemin…"
Nous voici donc en veston, cravate et pantalon court, cartable à la main, prenant nos billets devant la crypte de Saint Michel. Le guide, grand, maigre au bec aquilin et à l’air sombre, avait la voix pour déclamer les tragédies. "Tenez-vous par la main les enfants, l’électricité ne sied pas aux momies !" Il prit une lampe à acétylène, une vieille boîte d’allumettes et s’enfonça dans les entrailles du clocher. L’énorme porte du bas de l’escalier, en s’ouvrant, lâcha l’odeur caractéristique des caves humides, non aérées du bord de la Garonne. C’était le noir absolu...


Dans nos têtes, le professeur de français déclamait : "c’était pendant l’horreur d’une profonde nuit…"
"Passez devant, donnez-vous la main, faites dix pas et arrêtez-vous, je ferme la porte et j’arrive" disait le guide ! Boum fit la porte derrière nous ! Il remonta la file en tâtant pour savoir si l’on se tenait bien par la main. Il craqua une première allumette. Loupée... Juste un éclair, juste assez pour en ajouter à notre malaise. La deuxième fut la bonne, la plus terrible. Ces momies-là n’étaient pas protégées par des bandelettes comme les Egyptiennes. Elles étaient accrochées verticalement et nous avions leurs orbites vides qui nous dévisageaient à quelques centimètres de nos visages ! 
Le professeur de français continuait : "Et je n’ai plus trouvé qu’un horrible mélange d’os et de chairs meurtris et traînés dans la fange..." Boum firent nos cartables qui échappèrent de nos mains ! Aaaah ! soupirâmes-nous en choeur. Le réflecteur de la lampe n’éclairait qu’une momie à la fois.
Et nous avions les commentaires : "Oui, c’est un enfant de votre âge. Voyez les os. Il a eu un accident. Encore un qui ne devait pas écouter ses parents !" Puis, approchant sa lampe d’un autre, il souleva la peau parcheminée sous les côtes. "Approchez-vous ! Regardez ces traces verdâtres ! Les champignons ! Il s’est empoisonné avec des champignons…"
Et Athalie : "des lambeaux pleins de sang et des membres affreux…" l’horreur !!!
Pâles, livides, muets, nous tenant par nos mains glacées, nous voici enfin à l’air libre, marchant vers la rue Carpenteyre. Au bout du parvis, un rapide regard en arrière. Le guide nous regardait partir ; il souriait !

Jacques Fournier

Commentaires

Cela avait vraiment l'air sympa! :)

Écrit par : MUNOZ | 27.06.2011

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